Publication ÉTÉ 2008
Polypode témoigne de ces actions et donne la parole à ceux qui oeuvrent au quotidien sur le terrain. Comme le souligne Vincent Lefebvre dans son édito « L’éducation est un pari sur l’avenir et nous devons développer une éducation de l’espoir. Nos milieux et nos paysages sont encore de qualité, l’eau est là, fragile, vivante, surprenante ; il est aussi de notre responsabilité de le rappeler et de provoquer la rencontre entre ces milieux et les hommes. »
Sommaire de ce numéro
- Édito par Vincent Lefebvre, vice-président du REEB
- L’eau, un bien public mondial fragile, écriture collective CASI, ARIC et PSEAU
- Consultation publique sur l’eau... Ensemble prenons soin de l’eau par Edwige Jullien, Agence de l’eau Loire-Bretagne
- Éducation populaire et Directive cadre sur l’eau par Dominique Cottereau, Échos d’Images
- Solidarité pour l’eau à Rennes par Nathalie MBombo, conseillère municipale ville de Rennes et Pierrick Perrussel, président de l’AJCRPD
- L’eau ici et là-bas par Michelle Denoual, Collège Françoise Dolto à Pacé
- De l’eau potable pour Malfacassa par Ibrahim T. Alake, Lycée Joliot Curie à Rennes
- Eau douce, une chanson de Claude Nougaro
- Moniteur-guide de pêche par Mickaël Le Poursot, CFPPA de Caulnes
- Mon expérience d’animateur au sein d’une association de pêche par Kristen Bodros, AAPPMA Lannion
- Plouf, pataplouf ! par Luc Guihard, Bretagne Vivante
- Flaque, mare et lavoir, ça me botte par le CLSH de Plouha
- Les usagers ont la parole par Claudie Poullaouec, CPIE Vallée de l’Élorn
- Journées d’échanges La Main Verte par Ludovic Juignet, Familles Actives
- Conter les eaux coule de source ! par Jean-Pierre Mathias
- S-eau-S Blavet par Michel Tatard, conseiller pédagogique
- À propos de pédag’eau par Henri Labbe, DRDJS Bretagne
- Ricochets, où en est-on ? par Vincent Lefebvre, Eau et Rivières de Bretagne
- Eau et développement durable au collège par Myriam Le Nôtre, Collège Jules Ferry à Bourbriac
- Gaspido par Vincent Lefebvre, Eau et Rivières de Bretagne
- L’eau en Bretagne : dix années d’itinérance par Claude Colin, UBAPAR
- Comment aborder "le bon état écologique" de nos cours d’eau avec des collégiens ? par Vincent Lefebvre, Eau et Rivières de Bretagne
- Un pluviomètre dans mon école par Vincent Lefebvre, Eau et Rivières de Bretagne
- RESSOURCES
- Le coin de la bidouille
- Entretien avec Géraldine Chavel, Le Secret de l’eau
À LIRE : Édito par Vincent Lefebvre, vice-président du REEB
Il est courant d’entendre que l’eau est l’enjeu majeur du XXIè siècle et que c’est l’un des biens communs de l’humanité… Pourtant tous les jours, nous souillons et gaspillons cette ressource bien plus rare qu’il n’y parait. Quel rôle peuvent jouer les parents, les enseignants, les éducateurs, cette collectivité en charge de l’éducation ?Campons le défi commun !
L’enjeu local comme planétaire est effectivement de taille ! Nous avons besoin d’eau pour notre alimentation, pour notre hygiène, pour l’ensemble de nos activités économiques et pour permettre la vie dans les milieux naturels. Cette ressource est cependant limitée, elle est inégalement répartie sur la planète, et la multiplicité et la contradiction des usages engendrent une multitude de conflits. Pour finir de camper le « paysage de l’eau » et la complexité de sa gestion, il convient d’ajouter trois facteurs aggravants, la croissance économique mondiale, l’augmentation importante de la population et le changement climatique.Dans ce contexte, la collectivité mondiale et les acteurs locaux seront par conséquent confrontés au défi considérable d’assurer l’approvisionnement en eau potable des populations, de gérer l’activité économique tout en garantissant la pérennité des écosystèmes.
Au niveau local, déjà de nombreuses actions
Pour tenter de relever ce défi majeur, il conviendra très certainement de jouer sur l’ensemble des leviers à notre disposition, la loi pour réglementer plus fortement les usages, la mise en place de politiques incitatives pour encourager les actions en faveur de la ressource en eau et le développement de l’éducation et de la formation à l’environnement. Attardons-nous sur ce dernier volet !Pionniers, les associations et le corps enseignant ont développé une multitude d’actions : des classes de rivières, des classes d’eau, des actions éducatives sur les bassins versants, des collectivités se sont engagées en faveur des économies d’eau et ont obtenu des résultats très encourageants. De très nombreux outils pédagogiques ont été conçus, des plaquettes, des livrets, des malles pédagogiques comme Ricochets ou Gaspido, des expositions, des sentiers à thème ou d’interprétation.
Poursuivre et développer cette culture de l’eau pour répondre localement au défi qui nous est posé
Comparée à d’autres régions, la Bretagne a développé plus qu’ailleurs une culture de l’eau. Il me semble que trois facteurs expliquent cette singularité : un contexte hydrologique particulier, la pollution de la ressource en eau qui nous a fait découvrir les risques d’un développement économique sans relation avec l’environnement, et enfin, la vigueur associative qui a permis d’éveiller la collectivité.Pour relever ce défi nous devons poursuivre ce long travail qui consiste à développer une culture de l’eau pour tous et à tous les âges de la vie. Cette culture générale doit nous permettre de faire connaître les cycles naturel et domestique de l’eau, de valoriser les principales espèces fréquentant les milieux aquatiques, de faire comprendre le fonctionnement des écosystèmes et de situer sa propre responsabilité dans la pollution et le partage de la ressource. Avec une population qui s’urbanise, qui s’éloigne de la nature au quotidien, le développement de cette culture passera forcément par une découverte sensible et une rencontre physique avec le milieu. Comme le soulignent plusieurs auteurs de ce dossier spécial, cette rencontre personnelle est fondamentale.
Au-delà de cette culture générale, je pense qu’il serait judicieux de développer des actions spécifiques en lien avec les responsabilités ou les métiers de chacun. Dans le domaine de l’eau comme pour d’autres thématiques, l’éducation à l’environnement doit sortir d’une éducation réservée au scolaire et proposer des formations en direction des élus en charge, aujourd’hui, de la vie dans la cité. Nous devons également travailler avec d’autres structures, chambres consulaires, syndicats, employeurs afin de développer des actions de sensibilisation et des formations spécifiques au sein des filières utilisant cette ressource vitale qu’est l’eau.
Au-delà des peurs, l’espoir !
Oui, ces sujets sont lourds et le défi complexe ! Nous n’avons cependant rien à gagner à noircir le tableau. Que l’on se promène sur les bords du Léguer, de l’Ellé, de l’Elorn, ou de l’Odet, que l’on observe le plongeon d’un martin pêcheur ou la remontée des saumons à l’automne, la droséra dans une tourbière des Monts d’Arrées, ou le frêle balai des libellules au-dessus des étangs, force est de constater que la nature est là, belle, sauvage, à notre porte.Parce que l’éducation est un pari sur l’avenir, un pari basé sur le fait de croire que les personnes sont responsables de leur destinée, nous devons développer une éducation de l’espoir. Non, tout n’est pas pourri ! Nos milieux et nos paysages sont encore de qualité, l’eau est là, fragile, vivante, surprenante ; il est aussi de notre responsabilité de le rappeler et de provoquer la rencontre entre ces milieux et les hommes.
À LIRE : L’eau ici et là-bas par Michelle Denoual, Collège Françoise Dolto à Pacé
Dans le cadre des Itinéraires de découvertes (IDD) en cinquième, nous avons, au fil des années, modifié notre travail pour passer de la connaissance du Mali, pays avec lequel nous sommes jumelés, à un projet plus global autour de la solidarité Nord/Sud et du développement durable.
Cette année, avec le CRIDEV (association réseau de solidarité internationale en Ille-et-Vilaine) et PACI (association pacéenne de coopération internationale), nous avons voulu aborder le thème de l'eau. Notre objectif est de faire prendre conscience aux élèves de l’importance et de l’intérêt de l’accessibilité à l’eau potable ici et de les mettre en position de mieux comprendre nos correspondants maliens et leur façon de vivre. À terme, il s'agit d'amener les élèves à avoir des comportements plus citoyens.
En IDD, les élèves ont, par groupes et selon différentes thématiques, préparé une demi-journée autour de l'eau pour toutes les cinquièmes, c’était le jeudi 20 mars. Au préalable, il y a eu une intervention de la MJC et d'une bénévole du club environnement pour informer et réactiver les savoirs des élèves sur la provenance de l’eau potable, ses utilisations et la consommation moyenne en eau potable d’une famille française : c’était l’eau potable ici.
Puis avec l’association PACI, les élèves ont travaillé en groupes sur la problématique de l’eau courante et non courante (accès ou non à l’eau potable), la consommation moyenne en eau d’une famille malienne (comparaison avec la France), les conséquences de l’inaccessibilité à l’eau potable (mauvaise hygiène, maladies…) : c’était l’eau potable là-bas.
La journée du 20 mars a, alors, permis de restituer l’information que les élèves ont acquise, en animant divers ateliers et avec la participation des enseignants et des associations.
Les élèves de l'IDD vont maintenant rédiger un numéro spécial du journal échangé depuis trois ans avec le Mali, ce « spécial eau » sera aussi diffusé à la MJC pendant l'exposition sur le développement durable organisée avec les écoles primaires de Pacé. Le collège malien, par des photos et des textes, pourra réagir sur le journal en expliquant et en illustrant comment se fait l'accès à l'eau, les problèmes quotidiens rencontrés, les solutions envisageables et envisagées actuellement à Bandiagara.
À LIRE : Les usagers ont la parole par Claudie Poullaouec, CPIE Vallée de l’Élorn
Depuis la fin de l'année 2006, le CPIE Vallée de l'Élorn anime un groupe d'usagers de l'eau. Sans doute le chaînon manquant entre le discours institutionnel ou d'experts, le message partisan et la grande majorité de nos concitoyens, sur un sujet qui concerne tout le monde : la ressource en eau.
Le CPIE a pris le temps de la rencontre individuelle pour solliciter les futurs participants. La spécificité de la demande tient dans la surprise des gens à être sollicités pour eux-mêmes et non pour une appartenance (à une profession, à une association…). Si les participants y sont sensibles, ils peuvent ne pas se sentir à la hauteur car non investis par quelque instance : « Ce qui nous fédère c’est que nous avons tous l’usage de l’eau dans notre vie quotidienne. Mais, selon nos activités, notre histoire personnelle, notre sensibilité, nous portons tous un regard particulier sur ce patrimoine commun. »
L’idée d’avoir un échantillon représentatif de la population n’a d'ailleurs pas été retenue par le CPIE. C’est la diversité d’origine, d’âge, de pratiques mais aussi la parité qui ont motivé la constitution du groupe.
Les deux idées-forces sont les suivantes : « on a tous une représentation de l’eau et aucune ne prévaut sur les autres » et « la reconquête de la qualité de l’eau vous appartient aussi ». À partir de là, l’objet du groupe est de produire du message, de communiquer en direction de ses concitoyens en n'évitant pas les sujets qui fâchent. Mais le groupe doit aussi être capable d’interroger et de faire modifier des pratiques, des comportements. Le cadre de l’action du groupe d’usagers est bien celui posé par l’état des lieux de la DCE.
Les seize personnes du groupe qui proviennent géographiquement de tout le pays de Brest (abers, rivière, amont, aval…) se sont « armées », formées, informées, autoformées au fil des rencontres. Elles sont ambassadrices de ce qu'elles ont acquis dans la modification de leur comportement personnel : « avant je buvais de l’eau en bouteille tout le temps, aujourd’hui que lorsque j’ai des invités », « avant j’engueulais le voisin qui gaspillait de l’eau, aujourd’hui j’argumente ». Les membres du groupe se sentent aujourd’hui porteurs d’un message de citoyens ayant autant à apporter que des personnes initiées. Elles se sentent plus confiantes grâce aux apports collectifs et se disent qu’elles peuvent interroger la gestion de l’eau : « pourquoi fermer des captages ? ce n’est pas acceptable ! », « l’eau est une ressource qu’il ne faut pas laisser disparaître ».
Le groupe s'est réuni onze fois en 2007 et a produit deux cartes postales autour du message "Nous ne buvons qu'1 % de l'eau que nous consommons". En 2008, après trois rencontres, ils se préparent pour la consultation.